Coût de revient d'un camion : la méthode simple (CNR)
Postes de coût, formule au kilomètre et erreurs fréquentes pour savoir si chaque camion gagne ou perd de l'argent.
Gabriel Legros · Co-fondateur Truxelo
Ancien exploitant et affréteur, Gabriel traduit les usages du terrain en produit simple à déployer. Son expérience de…

Beaucoup de dirigeants de petites entreprises de transport découvrent en fin d'année, lors du bilan comptable, que leurs marges ont fondu. Le chiffre d'affaires était au rendez-vous, les camions ont roulé, mais le résultat est décevant. La raison est presque toujours la même : une méconnaissance du coût de revient réel de chaque camion. Si vous ne savez pas précisément combien vous coûte chaque kilomètre parcouru, vous ne vendez pas du transport, vous jouez à la loterie. La bonne nouvelle, c'est que le calcul du coût de revient d'un camion n'exige aucune compétence financière particulière. Il exige seulement de la rigueur et une heure de votre temps.
Les deux familles de coûts à distinguer
Pour comprendre vos marges, il faut décomposer vos charges en suivant la logique du référentiel du Comité National Routier, l'organisme de référence du secteur. On distingue deux familles.
Les coûts fixes tombent chaque mois, que le camion roule ou qu'il reste au dépôt. On y trouve le financement ou le loyer du véhicule, l'assurance, la taxe à l'essieu, et la part des frais de structure : le loyer du dépôt, le salaire de la personne qui gère l'administratif, le comptable, les outils de gestion. Beaucoup de transporteurs oublient cette dernière catégorie, ce qui fausse tout le calcul. Si vos frais de structure représentent 4 000 euros par mois pour une flotte de cinq camions, chaque camion porte 800 euros de structure, même s'il n'a pas roulé.
Les coûts variables dépendent directement de l'activité : le poste conducteur (salaire, charges sociales, frais de déplacement), le gazole, les péages, la maintenance, et les pneumatiques. Sur ce dernier point, l'erreur classique est d'attendre la facture du garagiste pour compter le coût : un train de pneus s'use sur des dizaines de milliers de kilomètres, son coût doit être lissé au kilomètre, pas comptabilisé le mois où on le remplace.
Un repère utile pour vérifier la cohérence de votre calcul : selon les données publiées par le CNR, les postes hors carburant représentent près de 90 % du coût de revient total d'un véhicule. Le premier poste de coût n'est pas le gazole, c'est le conducteur. Si votre calcul aboutit à un résultat où le carburant pèse 40 % du total, c'est que des charges ont été oubliées.
La méthode de calcul en quatre étapes
La méthode tient en quatre étapes que vous pouvez réaliser sur un simple tableur.
Première étape : choisissez une période de référence, idéalement les trois derniers mois pour lisser les variations. Une période d'un seul mois peut être faussée par une grosse facture de maintenance ou un mois creux.
Deuxième étape : isolez toutes les charges liées à un véhicule précis sur cette période. Salaire et charges du conducteur affecté, gazole (vos factures de carte carburant le permettent), péages (votre relevé de badge), assurance, financement, et la quote-part de frais de structure. Pour la maintenance et les pneus, prenez la moyenne de vos dépenses des douze derniers mois divisée par quatre, plutôt que la dépense réelle du trimestre.
Troisième étape : relevez le kilométrage parcouru par ce véhicule sur la même période. C'est une donnée que vous avez dans votre chronotachygraphe, votre télématique ou votre logiciel d'exploitation. Si vos kilomètres, vos missions et vos consommations sont éparpillés entre des carnets et des extractions, voir tableur Excel ou TMS pour la planification transport pour comprendre pourquoi un outil centralisé change le calcul.
Quatrième étape : divisez le total des charges par le total des kilomètres. Vous obtenez votre coût de revient au kilomètre pour ce véhicule. Si vous vendez une prestation à un tarif kilométrique inférieur à ce chiffre, vous perdez de l'argent à chaque tour de roue.
Un exemple chiffré pour fixer les ordres de grandeur
Prenons un ensemble articulé en activité régionale, sur un mois, avec des ordres de grandeur volontairement arrondis à adapter à votre réalité. Conducteur, salaire et charges comprises : 4 500 euros. Gazole pour 9 000 kilomètres parcourus : 3 200 euros. Péages : 700 euros. Financement du véhicule : 1 600 euros. Assurance : 450 euros. Maintenance et pneus lissés : 750 euros. Quote-part de frais de structure : 800 euros. Total : 12 000 euros pour 9 000 kilomètres, soit un coût de revient de 1,33 euro par kilomètre.
Avec ce chiffre en main, tout devient lisible. Une prestation vendue 1,20 euro du kilomètre, qui semblait correcte à l'oreille, est en réalité une perte de 13 centimes par kilomètre, soit plus de 1 100 euros perdus sur le mois si tout le camion roulait à ce tarif. À l'inverse, vous savez désormais en dessous de quel prix vous devez refuser une mission. Pour transformer ce coût de revient en cash réellement encaissé, voir comment réduire le délai de facturation transport.
Les coûts cachés que presque tout le monde oublie
Trois charges échappent régulièrement au calcul. Le temps du dirigeant d'abord : les heures que vous passez à planifier, facturer et gérer les litiges ont une valeur, même si elles ne génèrent pas de fiche de paie supplémentaire. Les temps d'attente ensuite : un camion immobilisé deux heures à un quai de chargement coûte de l'argent sans produire de kilomètres, ce qui dégrade le coût kilométrique réel. Les kilomètres à vide enfin : ils doivent être inclus dans le total des kilomètres du calcul, car ils consomment du gazole et du temps de conduite sans générer de revenu. Plus votre taux de retour à vide est élevé, plus votre coût de revient au kilomètre facturé explose.
C'est pour cette raison que la fiabilité du calcul dépend de la qualité de vos données d'exploitation. Si vos distances, vos missions et vos frais sont centralisés dans un outil de gestion comme Truxelo plutôt que dispersés entre des carnets, des relevés et des classeurs, le calcul devient une routine mensuelle de quelques minutes au lieu d'une corvée trimestrielle approximative. Le choix de cet outil mérite une vraie méthode : voir logiciel TMS pour transporteur : bien choisir sans se ruiner.
À retenir
- Deux familles : coûts fixes (financement, assurance, taxe à l'essieu, quote-part de structure) et coûts variables (conducteur, gazole, péages, maintenance, pneus lissés).
- Selon le CNR, les postes hors carburant pèsent près de 90 % du coût total. Le 1er poste est le conducteur, pas le gazole.
- Méthode en 4 étapes : période de référence de 3 mois, isoler les charges par véhicule, relever les kilomètres, diviser.
- Exemple régional : 12 000 € / 9 000 km = 1,33 €/km. Vendre 1,20 €/km, c'est perdre 13 centimes à chaque kilomètre.
- Coûts cachés à ne pas oublier : temps du dirigeant, temps d'attente sur quai, kilomètres à vide.
Questions fréquentes
Pour aller plus loin
À propos de l'auteur
Gabriel Legros
Co-fondateur Truxelo
Ancien exploitant et affréteur, Gabriel traduit les usages du terrain en produit simple à déployer. Son expérience de l'exploitation sécurise l'adéquation métier du cockpit.
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Publié le 14 juin 2026 · Contenu relu avant publication par l'équipe Truxelo.
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